Un Québec à double sens

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Un Québec à double sens

Depuis la fin de la 2 ème guerre mondiale, nous avons progressé dans de nombreuses industries…Sauf une et pas des moindres : L’agriculture 

Avec l’arrivée de la Covid, j’ai voulu faire mes courses différemment, j’ai décidé de ne prendre plus que le strict minimum au supermarché et de me fournir localement le plus possible. La première alternative qui m’a plu c’est le panier de légumes locaux, j’ai compris qu’il fallait se lever très tôt pour avoir sa place sur ces listes. Chaque producteur avait une capacité d’offre très limitée.

En faisant quelques recherches et en leur posant quelques questions, j’ai appris que ces producteurs avaient largement la possibilité de produire plus mais qu’ils étaient limités par différents facteurs.


En 1972, deux possibilités s’offraient au Québec pour son agriculture : la diversification de la production agricole ou bien la spécialisation de la production, c’est-à-dire dédier son agriculture sur une multitude de produits ou bien produire quelques produit massivement.
Le modèle adopté fut de privilégier la spécialisation pour protéger l’agriculture canadienne des industries étrangères de lait, œufs et volailles. De cette façon les prix étaient stabilisés et les importations de produits chers limités.
Voici quelques conséquences :
  • Le Québec exporte 8% de la production de porc mondiale
  • 20% du porc québécois est acheté par la Chine
  • Le Québec a une balance commerciale excédentaire
  • Permis d’être plus compétitif sur le porc sur les marchés internationaux 
  • On ne trouve pas de main d’œuvre agricole dans les grandes fermes
  • On a plein de main-d’œuvre dans les fermes de proximité
  • En 60 ans, nous sommes passés de 150 000 à 29 000 fermes au Québec
  • De ¾ à 1/3 de consommation par rapport à ce que nous produisons.
  • En 60 ans nous avons atteint les limites du volet agricole québécois
  • 2% de nos terres sont dédiés à notre agriculture (rappelons que manger est un besoin physiologique)
  • 80% de nos terres agricoles sont dédiés à l’alimentation de nos animaux qu’on exporte
  • On s’est désintéressé de l’agriculture d’année en année : Perte de la culture culinaire
  • On est devenu dépendant des autres pays pour nourrir nos citoyens

En faisant le choix de la spécialisation de l’offre, on n’a pas d’autres choix que d’être exportateur pour avoir une balance commerciale excédentaire On ne peut donc pas vouloir développer des fermes de proximité à grande échelle tout en étant exportateur, c’est un grand paradoxe ! C’est comme si un producteur était à la fois pour le bio et les OGM.
 
Un Québec à deux vitesses :
On a d’un côté des gros agriculteurs qui produisent quelques produits en grande quantité parce qu’ils ont des quotas qui leur donnent le droit de produire en grande quantité pour assumer les besoins des pays étrangers. Ces quotas représentent 32.6 milliards de dollars. De l’autre côté, nous avons des petites fermes de proximité qui ont la capacité de produire plus et pour qui il y a une demande énorme qui ne peut être répondu parce que les fermes de proximité n’ont pas les quotas nécessaire.

Qu’est-ce que les quotas ?
Les quotas sont des droits de production détenus par un très petit nombre de producteurs permettant ainsi d’être les seuls de produire un produit et ainsi mieux contrôler les prix.
Pour la faire simple, c’est comme si dans une industrie X, vous n’aviez que 1% des entreprises qui peuvent produire massivement du produit Y grâce aux quotas pour vendre le produit aux pays étrangers pendant qu’il y a une demande colossale localement pour ce produit Y mais  les 99% des autres producteurs de l’industrie ne peuvent pas assouvir la demande parce qu’ils n’ont pas les quotas.
Donc on a une demande supérieure à l’offre avec des entreprises qui ont la capacité mais pas le droit de répondre à cette demande. Je comprends un peu mieux pourquoi il m’était quasi impossible de m’inscrire à un panier bio ou local. Avec la prise de conscience des citoyens, il y a eu de plus en plus de demande sans qu’il n’y ai nécessairement plus d’offre, c’est-à-dire plus de quotas pour les fermes de proximité.

Un monopole qui contrôle la gestion de l’offre. C’est comme si en politique on avait une "démocratie" mais avec un seul parti pouvoir. C’est le 1% qui contrôle le marché pour tout le monde qui définit les règles. Si on leur enlève des quotas, ils perdent de l’argent et si on donne des quotas aux autres, il y a une concurrence sur les prix qui s’installent, les prix baissent et les producteurs qui avaient le monopole se retrouvent sur le côté. Il y a donc un vrai conflit d’intérêts qui repose sur l’avenir de l’agriculture au Québec.

Pas un si gros enjeu pour les gros acteurs qui ont des quotas : Le hors quotas
Si demain vous voulez monter votre ferme, vous allez devoir respecter les hors quotas. 


Si les habitants de votre village vous demandent plus d’œufs, vous ne pourrez pas le faire et vous risquer de décevoir les clients et de les envoyer vers d’autres joueurs. Dans le cas ou vous pourriez le faire, vous devez acheter des quotas aux producteurs qui en ont et qui le veulent bien. Si vous voulez une poule pondeuse en plus de vos 100, vous devez payer 245 dollars votre droit de produire pour une poule ! Et elle n’a pas encore bougé d’une aile la poule. C’est comme acheter des parts d’une autre entreprise. Ça ne fait pas de sens parce que si un gros producteur vend du quota, ça fera moins d’argent pour lui.
Si on multipliait le hors quota par 10 pour l’ensemble de toutes les fermes de proximité, ça représenterai moins de 1% de toute la production.


La petite Europe de l’Amérique du Nord.
Pour la première fois, le Québec a connu une croissance en termes de fermes de proximité. Il y a 1076 fermes qui ont mis la clé sous la porte pendant que 1163 fermes ont vu le jour en 2020.  Le gouvernement a mit en place le programme proximité qui est une subvention pour ceux qui souhaitent monter une ferme. Il est vrai que depuis 1972, on a plus vu le monde aller chercher de l’emploi en ville plutôt que dans le milieu agricole.
Il sera intéressant de savoir si entreprendre une ferme de proximité en connaissant les limites du modèle lié aux quotas. Plus il y aura des fermes de proximité, plus on rendra le local accessible ce qui sera bénéfique pour la santé, la planète et l’économie locale des québécois.

 

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